CHRETIEN ET MILITAIRE

"Tu ne tueras pas"

 

Qui suis-je ?

Tout d'abord je suis un être humain de sexe masculin,
dans ma jeunesse un ancien adolescent aux portes de la délinquance par absence totale de père,
ensuite carrière  militaire pendant 26 ans dans les commandos de l'Armée de l'Air, pour trouver et acquérir les repères sociaux qui me manquaient.
A l'issue, 7 ans comme gérant de l'immobilier locatif de la Défense Nationale
et conjointement, avec mon épouse, pendant 13 ans Aumônier protestant de prison,
actuellement je suis "Libre" jusque dans l'Eternité...

Mais le statut que je préfère est celui d'enfant de Dieu sauvé par grâce depuis 1974.
Quand on me demande quel est mon signe zodiacal, bien qu'étranger à cette pratique, je réponds que je suis né sous le signe de l'agneau, ascendant pentecôte.

J'ai bien dit militaire et chrétien.

J'entends d'ici un murmure dans les rangs :

Chrétien et militaire ? Comment est-ce possible ?

"La volonté de Dieu est-elle accomplie quand on est militaire ?" Je préfère cette question à celle plus classique et plus péjorative, "Comment peut-on être chrétien et militaire en même temps ?"
Cette dernière question je me la suis posée plutôt dix fois qu'une. Mais aujourd'hui que j'ai quitté l'armée après vingt-six ans de service, j'ai tellement eu de preuves que Dieu voulait que je reste militaire tout en étant chrétien, que je ne me la pose même plus. Pourtant il n'en a pas toujours été ainsi.

En 1973, trois ans après ma conversion à Jésus-Christ, j'ai même engagé un processus administratif pour quitter l'armée et rompre mon contrat. En effet je croyais que le fameux "tu ne tueras pas" s'adressait particulièrement à moi qui servait dans une unité des commandos de l'Air.
Mais Dieu ne l'a pas voulu, permettant même que mon commandant se convertisse lui aussi (et avec son épouse), suite aux arguments que je lui avançais pour expliquer mon désir de quitter l'armée. Je me rappelle encore ses paroles à l'issue de cet entretien : "Cela fait quarante ans que je cherche Dieu par la Mère, et vous, vous me le présentez par le Fils en dix minutes".

En effet, je ne suis pas né chrétien, je le suis devenu par un choix délibéré et conscient. J'avais vingt-six, endurci par la vie, assoiffé de tout ce qui pouvait me procurer du plaisir, mais refermé sur moi-même, rendant ma femme et mes enfants malheureux par mon égoïsme et mon immoralité. C'est dans cette situation, que l'on peut qualifier de catastrophique, que Dieu me tendit une "embuscade".

Un jour, un officier de mon unité, m'invita pour le soir même à une réunion. Il refusa de me donner des précisions et me dit simplement "Viens et tu verras !". J'avais envie de refuser, pourtant j'ai accepté et chose inhabituelle pour moi, je lui ai demandé si je pouvais venir avec mon épouse.
Il accepta et nous donna rendez-vous sur la place de la mairie. Je ne m'attendais sûrement pas à entendre parler de Dieu. S'il y avait seulement fait allusion, ou s'il m'avait donné rendez-vous dans une église j'aurais très certainement refusé.
J'ai gardé le souvenir des lieux, les chaises alignées dans cette salle de la mairie, avec des fascicules posés dessus. Mais je ne me souviens pas de ce qu'a dit l'orateur de cette réunion que je croyais politique, ni des chants qui me semblaient patriotiques car ils étaient entraînants.
Je me sentais bien et un sentiment inconnu s'installait en moi.
Comme je voulais en savoir plus, j'assistais à d'autres rencontres. Petit à petit des mots comme "Jésus-Christ, Evangile, Amour, Crucifixion", me devenaient familiers. Plus tard, j'ai découvert que ce sentiment inconnu était "La Paix de Dieu", un attribut de Son Royaume, avec Sa Justice et Sa Joie, mais je ne connaissais alors dans la vie, ni l'une ni l'autre.
A l'écoute de l'Evangile, je réalisais toute la détresse de ma vie et le poids de ma responsabilité dans notre échec familial. Je me suis raccroché au pardon que Dieu m'accordait dans la crucifixion de Jésus-Christ. Je me trouvais devant la justice de Dieu, prenant pleinement conscience de l'affront que ma manière de vivre infligeait à Dieu. Je lui demandais de changer mon cœur et de m'aider à réparer mes fautes. Il devint mon Sauveur.

Aujourd'hui, après plus de trente ans de marche avec Lui, je peux témoigner de la réalité de la vie spirituelle. Sa fidélité et Sa bienveillance ne nous ont jamais fait défaut et se sont souvent manifestées. J'ai appris (et j'apprends encore aujourd'hui) à obéir, parfois dans la joie, mais aussi dans la souffrance et le murmure.
Dans mon infidélité et ma désobéissance, je découvre Son immense compassion à mon égard. Dans ma faiblesse, Son Amour est pour moi un puissant soutien. Vers les années 1990, sur la terrasse surplombant les immeubles, j'ai eu à cœur de prier pour la cité dans laquelle j'habite, osant même dire à haute voix "Seigneur, en ton nom je m'empare de la cité", sans trop savoir où cela me mènerai. Croyez-le ou non, sans que je le suscite, on m'a proposé la gestion immobilière de la cité. J'ai quitté l'armée et je suis devenu le gestionnaire de ce que par la foi je m'étais emparé.
Dans ma nouvelle vie "civile", je Le vis à l'œuvre comme il le fut pour ma carrière militaire ou pour les missions auxquelles j'ai participé, (Un jour, Il avait même changé des conditions climatiques, créant une anomalie météorologique). Plusieurs fois, alors que ma condition de militaire m'obligeait au devoir de réserve et m'interdisait de témoigner en service, Il a disposé Lui-même des circonstances pour sa gloire et amener d'autres militaires à le rencontrer.
Lors des différentes mutations, nous avons toujours laissé à Dieu le soin de disposer de notre appartement. A chaque fois, Il en a fait un lieu où des hommes et des femmes ont pu se réunir autour de Sa Parole, dans la prière et la louange.

Dans notre famille, nous avons souvent bénéficié de Ses compassions, que ce soit pour notre couple, l'éducation de nos enfants, la guérison d'un membre de la famille et même nos finances. Quand notre troisième fils est mort à la naissance, sa paix a été d'un extraordinaire secours. Il nous a même fait la surprise et la joie de nous donner un autre fils, qui est né le jour anniversaire de nos vingt-deux ans de mariage.
Il nous conduit dans des chemins extraordinaires et nous pouvons, ensemble, remporter des victoires pour nous et pour les autres. Nous réalisons que Son Esprit est à l'œuvre aujourd'hui et qu'Il répand ses dons sur ses enfants, que ce soit pour le discernement des esprits, connaître une situation ou exercer une parole prophétique pour l'édification de Son Eglise. Parfois, nous sommes invités à prier pour des personnes malades ou dans des déséquilibres particuliers, quelquefois même dans des liens démoniaques.
Mais quelque soit le résultat, nous veillons toujours à ce que les regards se tournent vers Jésus-Christ. Alors comment refuser d'être un militaire quand on a vu Dieu agir avec amour et précision dans tous les compartiments de sa vie sociable et familiale. Nous voyons Sa grâce se manifester, même si ce n'est pas aussi souvent qu'on le voudrait.
Quant à mes troubles de conscience, la Bible m'apprit que le premier païen à se convertir fut un militaire, que c'est un officier romain qui a suscité l'admiration de Jésus pour sa rare et grande foi, et que ce fut aussi un militaire qui seul eut le courage devant une foule haineuse de glorifier Dieu au pied de la croix en désignant le Christ crucifié !

Ce qui me réjouit plus particulièrement, c'est la communion intime que nous avons avec Lui par Sa Parole et l'Esprit-Saint, ainsi que la merveilleuse espérance qu'Il a mise dans nos cœurs concernant notre salut et le retour glorieux de Jésus-Christ.
Dans l'attente de cette promesse, nous voulons Lui laisser la liberté de faire de chacun de nous "la lumière du monde et le sel de la terre", en nous réclamant humblement de Son Nom.
Maintenant, je ne me pose plus la question de savoir si on peut être chrétien et militaire en même temps. Je me pose plutôt la question de savoir comment on peut dire "Je crois en Dieu" et en même temps ne pas Le croire dans tout ce qu'Il nous révèle de sa Personne dans la Bible. Je l'ai très souvent vu honorer Ses promesses et manifester sa Puissance en réponse  à nos prières pour ne pas lui faire confiance en toutes choses !

Après ma retraite militaire en 1992, le Seigneur nous a ouvert les portes de la Maison d’Arrêt de Nancy où avec mon épouse nous avons exercé tous les deux pendant 13 ans (1993-2006) une charge d'aumônier de prison de la Fédération Protestante de France.
Nous avons vu des miracles, de puissantes conversions, des pervers et criminels s’ouvrir à la grâce du Sauveur. Comme je dis avec humour à ceux qui me demandent pourquoi, à 60 ans,  j’ai donné ma démission de l’aumônerie après 13 ans, je réponds que, comme il est difficile de vider une prison, faisons en sorte qu’elle ne se remplisse pas.
Après avoir fait du curatif entre quatre murs, nous allons faire du préventif en toute liberté. Nous savons qu’il nous a préparé une activité où nous verrons sa grâce intervenir dans le cœur de ceux que nous rencontrerons (déjà les projets se dessinent dans nos cœurs).
Nous avons le privilège de nous tenir aux cotés d’une Eglise qui a aussi à cœur de communiquer à tous ceux qui ne la connaissent pas encore le message de l’Evangile et de témoigner de l'amour de Jésus-Christ.

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Pierre-Antoine ELDIN